Revit ou Archicad : comment choisir pour les échanges BIM de votre agence ?
Choisir entre Revit et Archicad ne devrait pas commencer par une liste de fonctionnalités ni par la préférence d’un formateur. Pour une agence, le choix le plus sûr consiste à partir d’un projet représentatif, des fichiers réellement reçus et des livrables réellement remis. Testez ensuite la chaîne complète — modèle natif, échange IFC, sortie PDF/DWG et reprise d’une modification — avant de décider quel logiciel apprendre en premier.
Cette méthode ne désigne pas un « meilleur » logiciel universel. Elle aide à choisir un premier parcours de formation compatible avec votre équipe, vos partenaires et vos délais, sans confondre possibilité d’export et échange maîtrisé.
La réponse courte : commencez par le format qui bloque le projet
Une agence a généralement trois cas de figure.
| Situation dominante | Première piste à tester | Point à vérifier avant de choisir |
|---|---|---|
| Les partenaires imposent des fichiers Revit natifs, avec reprises fréquentes | Revit | Versions, gabarits, familles, liens et règles de travail partagé réellement utilisés |
| L’équipe produit surtout de l’architecture dans Archicad et échange avec plusieurs métiers | Archicad | Traductions IFC, attributs, classifications, bibliothèques et sorties demandées |
| Aucun format natif n’est imposé ; le contrat demande surtout IFC, PDF ou DWG | Les deux restent possibles | Qualité de l’export, informations attendues, contrôles à la réception et temps de correction |
Autodesk présente Revit comme un outil BIM pour l’architecture, l’ingénierie et la construction, avec modélisation, documentation et travail partagé. Graphisoft présente Archicad comme un outil de modélisation et de documentation architecturales, avec Teamwork et des échanges fondés notamment sur IFC et BCF. Ces capacités sont importantes, mais elles ne suffisent pas à trancher votre cas : le même mot « IFC » peut recouvrir des attentes très différentes selon le destinataire, la version, les propriétés et le contrôle réalisé après export (fonctionnalités Revit — Autodesk, Archicad et openBIM — Graphisoft).
Pourquoi « les deux exportent en IFC » ne règle pas la décision
IFC est un standard ouvert utilisé pour échanger des informations structurées entre acteurs et applications. buildingSMART précise que l’utilisateur doit décider ce qu’il souhaite partager via IFC ; le fichier est donc un support d’échange à configurer et contrôler, pas une garantie automatique que toutes les informations utiles seront reprises comme prévu (présentation technique d’IFC — buildingSMART).
Dans Revit, l’export IFC comporte des réglages et des correspondances de catégories ou de paramètres. Dans Archicad, l’échange dépend notamment des traducteurs, classifications et règles d’import/export. Le résultat à tester n’est donc pas seulement « le fichier s’ouvre ». Il faut vérifier :
- les niveaux, axes et coordonnées ;
- les objets attendus et leur géométrie ;
- les propriétés nécessaires au partenaire ;
- les classifications convenues ;
- les quantités ou nomenclatures utilisées ;
- les éléments masqués, liés ou filtrés ;
- le poids du fichier et le temps de traitement ;
- la manière de signaler puis de reprendre une anomalie.
BCF peut compléter ce flux en transportant des sujets de coordination liés à la maquette, sans remplacer le modèle lui-même. buildingSMART le classe parmi les standards openBIM (BCF — buildingSMART). Là encore, la bonne question n’est pas « le logiciel connaît-il BCF ? », mais « notre équipe sait-elle créer, recevoir, attribuer et clôturer un sujet de coordination dans le flux retenu ? »
Le test « NATIF — IFC — SORTIES — REPRISE »
Voici l’outil à utiliser avant de demander un devis de formation. Prenez un petit dossier réel anonymisé, ou reconstruisez un dossier témoin sans donnée confidentielle. Il doit être assez simple pour être repris en quelques heures, mais assez représentatif pour contenir les difficultés habituelles de l’agence.
1. NATIF : pouvez-vous travailler dans l’écosystème attendu ?
Notez le format source reçu, la version du logiciel, les bibliothèques ou familles nécessaires et les liens externes. Demandez au partenaire si un fichier natif est exigé ou si un échange IFC validé suffit. Une demande « en BIM » ne répond pas à cette question.
Le test doit inclure une modification banale : déplacer une ouverture, modifier un type de mur, ajouter une information à un local et republier un document. Mesurez les manipulations incomprises et les dépendances au collègue expert. Si le partenaire attend une reprise dans un fichier natif précis, ce critère peut peser davantage que toutes les autres préférences.
2. IFC : quelles informations doivent réellement traverser ?
Préparez une liste courte d’objets et de propriétés à contrôler. Par exemple : un mur composite, une porte avec identifiant, un espace avec nom et surface, un équipement lié à un local et une propriété personnalisée. Exportez, ouvrez le fichier dans l’outil de contrôle prévu, puis consignez ce qui manque, change ou se duplique.
Ne notez pas seulement « réussi » ou « échec ». Indiquez le réglage utilisé, la version IFC, le destinataire, le contrôle effectué et la correction nécessaire. C’est cette fiche qui rendra le résultat reproductible.
3. SORTIES : les documents contractuels restent-ils cohérents ?
Produisez les sorties que l’agence remet réellement : plan, coupe, façade, nomenclature, PDF, DWG ou image. Vérifiez cartouches, échelles, calques, épaisseurs, polices, nommage et révisions. Une maquette séduisante mais incapable de produire les documents attendus n’est pas un bon dossier de formation.
4. REPRISE : que se passe-t-il au deuxième échange ?
Le premier export est rarement le vrai test. Demandez une petite modification, réimportez ou reliez la nouvelle version et identifiez ce qui a changé. Pouvez-vous distinguer une évolution volontaire d’un effet de réglage ? Les commentaires reviennent-ils sous une forme exploitable ? L’équipe sait-elle corriger sans repartir de zéro ?
Ce quatrième passage révèle les compétences à apprendre : conventions, filtres, propriétés, contrôle visuel, gestion des versions, coordination des sujets ou publication des livrables.
Une grille de décision utilisable en réunion
Attribuez à chaque critère un poids de 1 à 3 selon son importance pour les six prochains mois. Évaluez ensuite chaque parcours de 0 à 2 uniquement à partir du dossier témoin : 0 = bloqué, 1 = réalisable avec aide ou correction, 2 = maîtrisable dans le flux visé.
| Critère | Poids | Revit | Archicad | Preuve attendue |
|---|---|---|---|---|
| Fichier natif exigé par le partenaire | 1 à 3 | 0 à 2 | 0 à 2 | Fichier ouvert, modifié et republié |
| Qualité de l’IFC utile | 1 à 3 | 0 à 2 | 0 à 2 | Objets et propriétés contrôlés |
| Plans et nomenclatures | 1 à 3 | 0 à 2 | 0 à 2 | Jeu de sorties comparé |
| Travail de l’équipe | 1 à 3 | 0 à 2 | 0 à 2 | Deux personnes reprennent le dossier |
| Compatibilité du parc existant | 1 à 3 | 0 à 2 | 0 à 2 | Postes, versions, licences et bibliothèques vérifiés |
| Temps de correction après échange | 1 à 3 | 0 à 2 | 0 à 2 | Écart et reprise chronométrés |
Multipliez poids et note, puis lisez les commentaires avant le total. Un score ne doit pas masquer un critère éliminatoire : si le donneur d’ordre exige une version native précise, si une licence manque ou si une propriété contractuelle disparaît, la décision doit être traitée explicitement.
Exemple fictif : une agence de cinq personnes
Cet exemple est une simulation, pas un cas client StraFormation.
Une agence de cinq personnes travaille encore beaucoup en 2D. Elle reçoit un modèle structure en IFC, doit remettre des plans PDF et un IFC de coordination, et l’un de ses futurs partenaires demande parfois un fichier Revit. Deux personnes ont déjà manipulé Archicad ; personne n’a produit de livrable Revit complet.
La mauvaise décision serait de choisir Revit uniquement parce qu’un partenaire l’a cité, ou Archicad uniquement parce que deux personnes le connaissent. L’agence prépare plutôt un petit projet de logements avec une cage d’escalier, quelques locaux nommés et une propriété personnalisée.
Le test révèle trois choses : les sorties PDF sont rapides dans les deux parcours ; l’IFC contient la géométrie attendue après réglage dans les deux cas ; la reprise native demandée par le partenaire reste cependant impossible sans compétence Revit et sans préciser la version et le gabarit. L’agence peut alors décider d’un premier parcours Revit ciblé sur ce flux, tout en conservant Archicad pour d’autres projets. Elle pourrait aussi négocier un échange IFC validé si le fichier natif n’est pas réellement contractuel.
Ce résultat ne dit pas que Revit est supérieur. Il dit quel risque l’agence doit traiter d’abord.
Exercice corrigé : quelle information manque avant le devis ?
Classez chaque demande dans l’une des colonnes : suffisante pour cadrer, à préciser, à tester.
- « Nous voulons une formation BIM. »
- « Trois personnes doivent modifier une maquette Revit 2026 fournie par un partenaire et remettre chaque vendredi un RVT et un PDF. »
- « Nous échangeons en IFC. »
- « Notre IFC doit conserver le nom, la surface, l’identifiant et la classification des espaces ; le destinataire le contrôle dans son outil. »
- « Nous voulons produire plus vite. »
Correction :
- La demande 2 est suffisamment précise pour commencer le diagnostic, même si le gabarit, les droits, les liens et le niveau des participants restent à vérifier.
- Les demandes 1, 3 et 5 sont à préciser : elles ne nomment ni tâche, ni format exact, ni résultat observable.
- La demande 4 est assez précise pour construire un test, mais son succès doit être vérifié sur un fichier et dans l’outil du destinataire.
Quand une comparaison logicielle ne suffit pas
Une formation courte ne peut pas résoudre à elle seule un changement d’organisation, une convention BIM absente ou des exigences contractuelles floues. Séparez quatre besoins :
- apprendre à modéliser et documenter dans un logiciel ;
- construire les gabarits, bibliothèques et règles internes ;
- définir qui publie, contrôle, valide et archive ;
- convenir avec les partenaires des formats, versions et informations échangées.
Si l’agence migre depuis AutoCAD, le problème est encore différent : un DWG importé ne devient pas automatiquement une maquette structurée. L’article Passer d’AutoCAD à Archicad : convertir un ancien plan ou repartir d’un projet test ? détaille cette étape sans comparer les deux logiciels.
Quel parcours StraFormation examiner ?
La page Formation Autodesk Revit affiche un parcours de 14 à 70 heures, sans prérequis affiché, couvrant notamment la prise en main, les types de fichiers, les gabarits, l’import DWG, la modélisation et la documentation. La page ArchiCAD — conception BIM et 3D professionnelle présente modélisation, plans, collaboration, Teamwork et échanges IFC, DWG et PDF. L’offre BIM / CAO-DAO pour agences d’architecture prévoit quant à elle un diagnostic et un parcours de 35 heures centré sur les livrables et les échanges de l’agence.
Ces pages ne prouvent ni disponibilité, ni adéquation automatique, ni financement. Avant une proposition, transmettez :
- le rôle de chaque participant et son niveau réel ;
- le logiciel, la version et les licences disponibles ;
- les formats natifs reçus et remis ;
- les partenaires et leurs outils, si connus ;
- un dossier témoin anonymisé ;
- les objets, propriétés et sorties à préserver ;
- la fréquence des échanges et la prochaine échéance ;
- les blocages actuels et le temps perdu estimé sans le transformer en promesse de gain.
Demandez que le devis précise le cas fil rouge, les livrables testés et ce qui restera hors périmètre. Vous ne choisirez pas seulement un logiciel : vous choisirez la première chaîne de travail que l’équipe doit savoir exécuter et contrôler.
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