Passer d’AutoCAD à Archicad : convertir un ancien plan ou repartir d’un projet test ?
Pour apprendre Archicad, ne commencez pas par convertir intégralement un gros projet AutoCAD en cours de production. Le choix le plus sûr consiste généralement à préparer un petit projet test, à utiliser un DWG propre comme référence contrôlée, puis à reconstruire les éléments utiles avec la logique du modèle Archicad.
Importer un fichier ne transforme pas automatiquement des lignes 2D en murs, dalles, ouvertures et données BIM fiables. L’ancien plan peut servir de fond, de repère ou de base d’échange ; la maquette doit toutefois être structurée selon le livrable attendu. Avant la formation, la vraie décision n’est donc pas « convertir ou tout refaire », mais quoi conserver, quoi reconstruire et comment vérifier le passage.
Pourquoi un DWG importé n’est pas encore une maquette BIM
Dans un dessin 2D, un mur peut être représenté par deux lignes, une hachure et quelques annotations. Dans une maquette, le mur devient un élément avec une géométrie, une hauteur, une composition, un étage, des propriétés et des relations avec les ouvertures ou les documents produits.
Graphisoft présente Archicad comme une plateforme BIM permettant de concevoir, modéliser, documenter et collaborer à partir d’un projet architectural. Le logiciel relie notamment la modélisation aux documents de construction et aux échanges OpenBIM (présentation officielle d’Archicad).
Cela change la manière de travailler :
- en 2D, on corrige souvent chaque dessin concerné ;
- dans un modèle structuré, plans, coupes, façades, nomenclatures et vues utilisent une source commune, avec des réglages propres à chaque document ;
- une erreur de structure peut donc se propager, mais une correction bien faite peut aussi mettre à jour plusieurs sorties cohérentes.
Le but d’une première formation n’est pas de reproduire tous les réflexes AutoCAD dans une nouvelle interface. C’est d’apprendre à distinguer référence graphique, élément modélisé, information et document publié.
Les quatre usages possibles de votre ancien plan
Un même DWG peut jouer des rôles très différents. N’utilisez pas le mot « import » sans préciser l’objectif.
| Usage du DWG | Ce que vous cherchez | Décision raisonnable |
|---|---|---|
| Référence temporaire | Retrouver géométrie, axes ou dimensions | Lier ou importer dans une zone maîtrisée, puis modéliser par-dessus |
| Détail 2D conservé | Réutiliser un détail qui ne doit pas devenir un objet BIM | Contrôler échelle, calques, stylos et lisibilité avant intégration |
| Base d’un nouveau modèle | Reprendre un bâtiment existant | Auditer le plan, définir niveaux et unités, puis reconstruire les éléments utiles |
| Livrable d’échange | Fournir ou recevoir un DWG avec un partenaire | Définir un traducteur, un test d’export et des critères d’acceptation |
Graphisoft documente des traducteurs DXF/DWG qui déterminent comment les éléments sont interprétés à l’import et à l’export. Leurs réglages couvrent notamment l’unité de dessin, les options d’ouverture et d’enregistrement, les attributs, calques, stylos, types de ligne, hachures et polices. Pour une équipe, Graphisoft recommande de partager des traducteurs communs gérés par la personne responsable de l’environnement CAO/BIM (aide Archicad 29 — réglage des traducteurs DXF/DWG).
Autrement dit, deux personnes peuvent obtenir des résultats différents avec le même DWG si elles n’utilisent pas les mêmes règles de conversion.
La méthode en six étapes
1. Partir du livrable, pas du fichier disponible
Écrivez ce que vous devez réellement produire :
- une maquette d’étude ;
- un dossier de plans, coupes et façades ;
- un quantitatif ou une nomenclature ;
- un export DWG pour un partenaire ;
- un échange IFC ;
- une présentation 3D.
Un fond 2D peut suffire pour un détail ponctuel. Il ne suffit pas si l’objectif est d’obtenir des coupes cohérentes, des données d’objet ou des nomenclatures contrôlables.
2. Auditer le DWG avant de l’ouvrir dans le projet de travail
Ne testez pas directement dans votre futur gabarit d’agence. Utilisez un fichier ou un projet de contrôle et vérifiez :
- l’unité réelle du dessin ;
- le point d’origine et l’orientation ;
- les calques utiles, inutiles ou gelés ;
- les blocs, références externes et polices ;
- les hachures et types de ligne ;
- la présence de géométries très éloignées ;
- une cote connue permettant de vérifier l’échelle.
Le test le plus simple : mesurez dans Archicad une distance dont la valeur est certaine. Une porte annoncée à 90 cm ne doit pas devenir 90 m ou 9 mm.
3. Définir ce qui sera référence et ce qui sera reconstruit
Utilisez une règle explicite :
Je conserve en 2D ce qui sert uniquement de repère ou de détail ; je reconstruis avec les outils Archicad ce qui doit produire une géométrie, une coupe, une façade, une donnée ou une nomenclature.
Exemples :
- axes et limites de parcelle : références possibles ;
- murs, dalles, ouvertures et toiture : à reconstruire si la maquette doit les exploiter ;
- détail de menuiserie fourni par un industriel : peut rester en 2D s’il est contrôlé et clairement identifié ;
- texte obsolète ou doublons de cotation : à ne pas reprendre automatiquement.
4. Construire un mini-projet représentatif
Choisissez une séquence qui tient dans un périmètre limité : un niveau, quelques murs, deux types d’ouvertures, une dalle, une coupe, une façade et une mise en page. L’objectif n’est pas de faire une jolie maison complète ; il est de traverser toute la chaîne : structure, modèle, vue, annotation, publication et contrôle.
Un bon projet test contient au moins un cas qui pose réellement problème dans votre agence : mur composite, changement de niveau, fenêtre atypique, reprise d’un fond DWG ou export exigé par un partenaire.
5. Produire une sortie et la comparer
Ne jugez pas le travail uniquement dans la vue 3D. Vérifiez :
- une coupe ;
- une façade ;
- un plan à l’échelle attendue ;
- une mise en page ;
- éventuellement un export DWG test.
Comparez une cote, un niveau, un nom de calque, une épaisseur de trait et un élément complexe. Si le destinataire utilise AutoCAD, faites contrôler le fichier dans son environnement ou dans un visualiseur convenu, pas seulement dans Archicad.
6. Consigner les réglages retenus
Notez la version d’Archicad, le fichier d’origine, le traducteur, l’unité, la date du test, le résultat et les écarts connus. Sans cette trace, une manipulation réussie une fois reste difficile à transmettre et à reproduire.
La fiche « pont 2D–BIM » à copier
| Champ | À compléter avant la formation ou la migration |
|---|---|
| Livrable attendu | Plan / coupe / façade / nomenclature / DWG / IFC / autre |
| Version Archicad | … |
| Version ou origine du DWG | … |
| Une distance de contrôle | Élément : … / valeur attendue : … |
| Unité et origine | … |
| Calques utiles | … |
| Éléments conservés en 2D | … |
| Éléments à reconstruire | … |
| Traducteur utilisé | Nom / emplacement / responsable : … |
| Sortie test | … |
| Cinq contrôles | cote / niveau / calque / graphisme / donnée |
| Écart acceptable | … |
| Décision après test | poursuivre / corriger / isoler / demander un arbitrage |
Cette fiche est volontairement courte. Elle ne remplace ni une convention BIM, ni un protocole d’échange complet ; elle évite surtout de commencer une migration sans objectif et sans preuve.
Exemple fictif : une extension de 80 m²
La situation suivante est une simulation pédagogique, pas une expérience client revendiquée.
Une agence possède le DWG d’une maison existante et doit étudier une extension de 80 m². Le plan contient deux niveaux, de nombreux calques historiques et des détails qui ne concernent pas l’étude. Le collaborateur connaît AutoCAD, mais débute sur Archicad.
Option risquée
Ouvrir le DWG, tenter de tout convertir, corriger les calques au fil de l’eau, puis démarrer directement le projet destiné au client.
Risques : unités mal interprétées, attributs encombrés, faux sentiment d’avancement et apprentissage parasité par les anomalies d’un ancien fichier.
Option contrôlée
- dupliquer et anonymiser le DWG autorisé ;
- isoler un niveau et les calques nécessaires ;
- vérifier une cote de 5,20 m et le point d’origine ;
- utiliser le plan comme référence ;
- reconstruire murs, dalle et ouvertures de la zone d’extension ;
- créer une coupe traversant existant et extension ;
- publier un plan et un DWG test ;
- comparer cinq éléments avec l’original et les attentes du partenaire.
Le livrable pédagogique n’est pas « le projet migré ». C’est un test documenté qui permet de décider si le reste du projet peut être repris, dans quelles conditions et par qui.
Exercice corrigé : référence ou élément BIM ?
Pour chaque élément, choisissez : conserver en 2D, reconstruire, ou demander une décision.
- contour de parcelle transmis par le géomètre ;
- mur extérieur qui doit apparaître en plan, coupe et quantitatif ;
- détail de garde-corps fourni en DWG et destiné à une planche de détail ;
- bloc sans nom contenant plusieurs objets éclatés ;
- texte « à confirmer » datant d’une ancienne version.
Correction possible :
- le contour de parcelle peut rester une référence contrôlée, selon les usages du projet ;
- le mur doit être reconstruit avec un outil Archicad si les documents et données doivent en dépendre ;
- le détail peut rester en 2D après contrôle de l’échelle, des droits et de sa version ;
- le bloc anonyme doit être isolé et analysé avant toute reprise ;
- le texte ancien ne doit pas être importé comme une information fiable : il faut identifier le responsable de la décision.
Le critère n’est pas « 2D ancien, BIM moderne ». Le critère est l’usage attendu et la capacité à vérifier l’information.
Cas limites : quand le projet test ne suffit pas
Le projet est déjà en production
Séparez apprentissage et sécurisation du dossier. Travaillez sur une copie, fixez un périmètre de test et faites valider toute bascule. Une formation ne constitue pas un audit complet du projet ni une garantie de délai.
Le DWG utilise des références externes
Identifiez les fichiers liés, les chemins et les droits d’utilisation. Un dessin qui paraît complet sur un poste peut perdre des informations ailleurs. N’intégrez pas aveuglément des contenus manquants ou non autorisés.
Le bâtiment existant est mal documenté
La précision de la maquette ne peut pas dépasser celle des sources sans relevé ou décision complémentaire. Signalez ce qui vient du plan, du relevé, d’une hypothèse ou d’un arbitrage.
Plusieurs personnes travaillent sur le même projet
Le problème devient collectif : gabarit, attributs, favoris, nommage, bibliothèques, traducteurs et responsabilités doivent être partagés. Former une seule personne sans définir les règles de l’agence limite le transfert.
Le destinataire impose un DWG précis
Demandez un exemple accepté, les unités, la structure attendue, les calques, les polices et la méthode de contrôle. Les traducteurs Archicad permettent de paramétrer l’échange, mais ils ne devinent pas les attentes du partenaire.
Quelle formation choisir ?
| Situation | Parcours à examiner |
|---|---|
| Une personne découvre Archicad et doit modéliser un petit projet | Initiation avec mini-projet complet et documents dérivés |
| Un utilisateur sait modéliser mais perd du temps dans les vues et mises en page | Perfectionnement ciblé sur documents, attributs et publication |
| Une agence migre depuis AutoCAD | Diagnostic collectif, projet test, gabarit, règles et traducteurs partagés |
| L’enjeu principal est l’échange IFC ou la coordination | Parcours BIM avec responsabilités, propriétés, exports et contrôles |
| Un projet réel urgent cumule anomalies et contraintes | Audit ou accompagnement à cadrer séparément de la formation |
La formation BIM / CAO-DAO de StraFormation pour les agences d’architecture prévoit un diagnostic, la structuration du projet, la modélisation, les documents, les échanges DWG/IFC et une routine de contrôle. La page précise que le niveau, la version, les livrables et le cas fil rouge sont confirmés avant le parcours, et qu’une formation de 35 heures ne couvre pas automatiquement toutes les fonctions ni tous les protocoles BIM.
Pour situer les compétences au-delà du logiciel, l’article WorldSkills 2026 : quelles compétences apprendre pour travailler en BIM ? distingue la production d’un livrable, sa cohérence et sa capacité à être échangé.
Avant de demander un programme, préparez six informations : nombre de participants, niveau AutoCAD et Archicad, versions installées, livrables attendus, formats échangés et trois difficultés récurrentes. Ajoutez un fichier anonymisé seulement si son usage pédagogique est autorisé.
StraFormation pourra alors étudier un parcours d’initiation, de reprise ou de perfectionnement. Le devis, le calendrier, les licences, la disponibilité et un éventuel financement doivent être confirmés séparément ; aucune migration, autonomie totale ou prise en charge n’est garantie par le seul intitulé de la formation.
Le réflexe à retenir
Pour passer d’AutoCAD à Archicad, ne demandez pas d’abord « comment convertir tout le fichier ? ». Demandez : quel livrable voulons-nous produire, quelles informations doivent devenir des éléments du modèle et quel test prouvera que l’échange fonctionne ?
Un petit projet bien contrôlé apprend davantage qu’une grosse conversion subie. Il permet de séparer les habitudes à conserver, les objets à reconstruire et les règles que l’agence doit partager.
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